Mondiaux de Catane 2011 : l’heure des bilans

20 Octobre 2011

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Frédéric Pietruszka, Président de la Fédération française d'escrime et Eric Srecki, Directeur technique national de la FFE font le bilan des championnats du monde d'escrime de Catane 2011.


Avec 3 médailles et une 4e place au tableau des médailles, le bilan de l'équipe de France à Catane est-il bon ?

Frédéric Pietruszka
: « Non, on ne peut pas dire que le bilan soit bon, l'objectif de 4 à 6 médailles n'étant pas atteint. Pour autant, il n'est pas désastreux et certains ont montré de très belles choses. Si, comme à Paris, nous avions fait deux médailles à l'épée individuelle, le bilan serait satisfaisant ».

Eric Srecki
: « Non. Nous avions la possibilité de faire 5 médailles ».

Les Italiens égalisent le record du nombre de médailles en championnat du monde (11). Quel commentaire cela vous inspire ?

FP
: « Il faut bien analyser le bilan italien. Les titres en individuel pour 8 médailles. Aucun titre par équipe et 3 médailles.
C'est donc une franche réussite individuelle mais un échec par équipe. Cela dit, les Italiens sont performants à toutes les armes et bien préparés pour les grandes épreuves internationales ».

ES
: « Bravo à eux, ils dominent actuellement l'escrime mondiale de la tête et des épaules ».

En 2001 à Nîmes et 2005 à Leipzig, l'équipe de France gagnait dix médailles. Ce temps est-il révolu ?

FP
: « Je ne pense pas que ce temps soit révolu. Le potentiel existe toujours. Chaque équipe est médaillable et individuellement on peut estimer que dans chaque arme nous avons au moins un athlète qui peut monter sur un podium. Les résultats en coupe du monde le prouvent. Il faut simplement que tous soient présents et prêts le jour J ».

ES
: « Peut-être ».

Les critiques envers l'équipe de France n'ont pas manqué. La presse a parlé de bérézina, de déroute mais aussi de problèmes entre tireurs et encadrement.
Les termes « bérézina » ou « déroute » sont-ils appropriés à la situation ? Qu'en est-il des problèmes entre tireurs et encadrement ?

FP
: « Là encore, il faut relativiser. La réussite n'a pas été au rendez-vous. Il faut que chacun, athlète et encadrement, se remette en question.
Les termes de bérézina et de déroute sont inappropriés quand on revient avec une médaille d'or avec une équipe d'épée qui aligne sa 8e année consécutive de victoire, quand le fleuret échoue à une touche pour l'or et que Victor Sintès va conquérir du bronze et qu'en dehors des médailles, il y eut d'autres signes encourageants.
Que Corinne Maîtrejean mette la tête sous l'eau à Vezzali avant de céder, mais également à Shanaeva et Mohammed (15-3) en est un.
Que Bolade Apithy, Erwann le Pechoux, Gauthier Grumier et Jean-Michel Lucenay s'affirment en leader de leur équipe en est un autre.
Que Virginie Ujlaky batte Errigo, vice-championne du monde à Paris.
Que Léonore Perrus et Marion Stoltz s'inclinent honorablement, démontre que nous ne sommes pas loin.
Peut être manque-t-il de dialogue entre les athlètes et l'encadrement.
J'ai toujours dit que le couple « entraineur-entrainé » doit fonctionner dans la complicité, qu'il y a deux adultes responsables dont l'un a pour métier d'entrainer et l'autre pour objectif de gagner ; qu'un échange permanent, qu'une compréhension réciproque de la problématique de l'autre sont absolument nécessaire et que pour performer, il faut une condition physique et un bagage technique irréprochables, une motivation et une gestion technique sans faille, un mental à toute épreuve et une lucidité permanente sur la piste.
Je demande à chacun d'analyser avec objectivité tout ce qu'il a fait, pas fait, ce qui a manqué pour être plus performant ».

ES
: « Les critiques de la presse sont compréhensibles mais les termes de bérézina ou de déroute sont exagérés. Quant à d'éventuels problèmes entre tireurs et encadrement, s'ils existent ils sont exceptionnels et abordés en interne ».

Le système français a été également comparé aux fonctionnements d'autres pays, notamment celui de l'Italie, en pleine réussite aujourd'hui. Selon vous :
▪ Faut-il opérer des changements dans le système français ? Lesquels ?
▪ Les clubs ne doivent-ils pas retrouver une vraie place au cœur de ce système ?
▪ Les équipes de France n'ont-elles pas intérêt à s'ouvrir davantage au monde extérieur (stages internationaux) ?

FP
: « La France a choisi un système qui, jusqu'à présent, a donné des résultats.
Ceux moins convainquants de ces trois dernières années posent des questions auxquelles il nous faudra apporter des réponses.
La performance sportive au très haut niveau est-elle encore compatible avec le double projet sous sa forme actuelle ?
La forme du management et d'entrainement de nos équipes favorise-t-elle la performance ?
La séparation des catégories cadets, juniors et seniors dans nos circuits n'empêche-t-elle pas une progression plus rapide et une compétitivité plus précoce de nos athlètes ?
La richesse de nos effectifs dans les clubs qui a fait passer l'enseignement initial de la leçon individuelle à la leçon collective n'est elle pas préjudiciable à la performance à plus long terme ?
Le fait que les entraineurs pour avoir un salaire plus conséquent travaillent dans les clubs et n'implique pas une disponibilité totale n'est il pas préjudiciable ?
J'ai toujours déploré le manque d'ouverture de notre encadrement. Je pense qu'avec les résultats et les interrogations actuels les choses sont en train d'évoluer.
Pour ce qui est des clubs, ils ont leur place. Si vous voulez parler de groupes d'entrainement qui viendraient se substituer au groupe INSEP, ce peut être une alternative possible, mais je doute que chacun trouve les conditions qui sont actuellement les siennes.
Je souhaite que chacun se regarde droit dans la glace et se pose la question : ai-je fait le maximum, en préparation physique, en entrainement, en hygiène de vie, en récupération pour être au top à ces championnats ?
Je ne peux me mettre à la place de chacun mais je pense que chacun peut encore plus ».

ES
: « Sûrement, la stratégie d'ensemble concernant le haut niveau sera revue, comme tous les 4 ans, dans le cadre du prochain Parcours de l'excellence sportive et ce, pour la période 2013-2017. En ce concerne la qualification olympique, il y aura besoin d'ajustements mais pas de changements systématiques.
Pour les clubs, la réponse est non car les clubs ont déjà une place importante.
S'ouvrir davantage au monde extérieur? Peut-être, c'est une piste à étudier avec les entraîneurs et les athlètes, mais des échanges avec d'autres équipes nationales ont eu lieu cette saison : Japon, Canada, Russie, Grande Bretagne ».

Une fois de plus, l'épée masculine gagne à Catane et réalise un record historique. Pourquoi les autres armes n'arrivent-elles pas à l'imiter ?

FP
: « Il nous faut saluer la 8e victoire de l'équipe d'épée à sa juste valeur.
C'est une performance exceptionnelle, ce qui justifie que les autres armes ne réussissent pas à les imiter.
Cependant, le fleuret a vu sa dynamique renaitre après la rupture due à Pékin où l'arme n'avait pas d'épreuve par équipe. Soyons vigilants pour que cela ne se produise pas à l'épée.
Cela reste les deux armes les plus régulières.
La sabre dame n'a pas vraiment remplacé Anne-Lise Touya.
Le sabre homme a souffert d'une baisse de régime de Nicolas Lopez.
L'épée dame ne se situe pas loin des meilleures, mais a du mal à conclure ses matchs.
Le fleuret dame n'est pas non plus très loin des meilleures. Il faut que cette équipe prenne conscience de sa valeur, mais c'est difficile quand on vous répète depuis 20 ans que vous n'êtes pas au niveau ».

ES
: « Aucune idée ».

Quels moments positifs retenez-vous de ces mondiaux de Catane 2011 ?

FP
: « Les moments positifs ont été nombreux et j'en ai déjà cité quelques uns.
Je retiendrai la manière avec laquelle l'épée homme a donné la compétition.
Ensuite, la renaissance du fleuret masculin avec deux médailles dont la seule individuelle avec Victor Sintès et le parcours énorme d'Erwann le Pechoux par équipe (+ 45 sur la journée).
S'il est capable de tirer de la sorte aux JO, il a le potentiel pour être champion olympique à Londres.
Ensuite, le fleuret dame qui aurait dû rapporter une ou deux médailles avec Corinne Maitrejean et ses 8mn30 formidables sur Vezzali et l'esprit qui s'est dégagé après les difficultés connues à Sheffield, une réaction que j'aurais aimé voir couronner par une médaille collective.
Comme je vous le disais en préambule, bien sûr il y a des inquiétudes, des interrogations, des remises en question mais n'est-ce pas le propre du haut niveau ?
Pour ma part, j'estime que le potentiel est toujours là mais il nous faut de l'échange, du dialogue pour qu'il s'exprime clairement ».

ES
: « Les trois médailles et la solidarité qui a régné au sein du staff technique ».

Propos recueillis par Denis Goran
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