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Bob s’en est allé…

29/10/2013 Imprimer

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Maître d’armes depuis 1951, Robert HEDDLE-ROBOTH, surnommé Bob par la plupart de ses comparses et fidèles élèves, était le précurseur d’une « autre escrime » basée sur l’esthétisme du geste et la démarche créative du mouvement.

Issue de la formation Joinvillaise, il enseigna longtemps l’éducation physique et sportive au lycée Ardaillon d’Oran où il proposait la pratique de l’escrime sportive mais aussi une approche artistique de cette discipline.

De retour en France, il fut enseignant universitaire à la cité universitaire internationale de Paris tout en dispensant des cours d’escrime artistique dans plusieurs écoles : l’école internationale du Mime Marceau, à l’école de comédie de la Rue Blanche, au théâtre de Chaillot…

Il collabora longtemps avec le mime Marceau, Jean Marais, Jacques Weber, Jean-Paul Belmondo, Jean-Paul Savary…   

Il transmettait sa passion de la maitrise gestuelle et esthétique par une approche visuelle et spectaculaire de cet art.

Il avait le souci du geste parfait où l’esthétisme se mêlait à l’intention artistique du comédien pour embellir le mouvement et mieux servir la mise en scène ou le texte. Il n’avait de cesse de militer pour une « autre escrime » plus créative, musicale et précise.

Sa force de conviction et sa passion faisaient de lui un être attachant et passionnant. À l’écoute de chacun, il savait avoir le mot juste.

Nombreux comédiens, escrimeurs et enseignants  garderont de « Bob »  sa passion, sa générosité et son exigence artistique.

Avant son départ pour sa dernière demeure en terre vendéenne où il reposera aux côtés de son fils, sa famille lui a organisé le lundi 14 octobre un vibrant hommage où s'est réunie une foule nombreuse venue lui témoigner affection, admiration, remerciement et respect. 

                                              

Nous présentons à sa famille, à ses proches, à tous ceux qui l’ont côtoyé, accompagné et aimé nos plus vives condoléances. 

 

Hommage de la FFE au Maître Robert HEDDLE - ROBOTH, décédé dans la soirée du 11 octobre à l’âge de 88 ans, pronocé par le maître Jean-Michel OPRENDEK

Le 14 octobre 2013, 10 h, maison funèbre du boulevard Ménilmontant.  

C’est au nom de la Présidente de la FFE, madame Isabelle Lamour que je m’exprimerai et je me dois vous faire part de ses regrets de n’avoir pu se libérer pour être auprès de vous, la famille de notre regretté maître et ami, et vous exprimer sa profonde émotion et les sincères condoléances de notre Fédération qui perd avec lui un de ses plus compétent et rayonnant enseignant. Et c’est avec son accord que j’associerai en cet hommage la connaissance que j’avais de lui, car j’étais son ami.

Le maître Heddle-Roboth, était avant tout un sportif, intelligent, intuitif et doué comme il se doit quand le talent est confirmé. Au confluent de deux cultures, avec une mère française et un  père sénégalais qui était un magnifique athlète, un excellent nageur, conséquence certainement, maître d’escrime, Bob le fut aussi en natation et c’est tout naturellement aussi qu’il devint professeur d’EPS, aboutissement logique de cette somme de qualités. Mais c’est en devenant maître d’armes qu’il trouvera sa voie et que s’y engageant il ne la quittera plus. 

[...]

En ces différents clubs, Bob a été le colistier des ténors de la profession que furent les maîtres Gardère, Lacaze, Pécheux, fort apprécié de la référence inégalée que fut le grand Maître Cléry. C’est également au contact d’entraîneurs réputés tels que les maîtres Jean Cottard et Jimmy Gaillard, qu’auprès de tous ces confrères charismatiques il su recevoir le meilleur d’eux-mêmes et le restituer. Avec son style que nul n’aurait pu contenir, avec sa personnalité attachante, l’ensemble le disputait alors à une certaine austérité issue de cette rigueur traditionnelle attachée à l’escrime classique : avec lui, l’escrime se pratiquait dans la gaieté. Au-delà du maître authentique, de l’empreinte pédagogique qu’incontestablement il apportait, Bob était un joyeux.  

[...]

Omniprésent dans le paysage escrime que j’appellerai moderne et classique, on aurait pu penser qu’il s’en tiendrait là. Loin s’en faut, parallèlement d’abord puis définitivement, Bob passera en fait 25 ans à enseigner l’escrime artistique qui fut une révélation pour lui, rejoignant en cela l’orientation de son ami et confrère, le célèbre maître Claude Carliez. Mais c’est avec les maîtres Promard et Gavino, ses fidèles compères, qu’il fera ponctuellement équipe. Il excellera dans ce qu’est cet art au sens propre du terme. Il se forgera une réputation dans le monde du spectacle, apprécié de célébrités telles que Sylvia Montfort, Jérôme Savary, Robert Hossein, et surtout le mime Marceau son grand ami et son complice qui lui manifestait une visible admiration pour ce qu’il faisait et la façon dont il le faisait et ils ont beaucoup travaillé ensemble. C’est un fait reconnu qu’en cet enseignement spécifique Bob avait une pédagogie particulière, une gestuelle innée et des attitudes expressives où l’harmonie de ces duels qui exigent d’être réglés comme des ballets, devait être maîtrisée mais avoir du rythme, un sens et une âme au fond de chaque scénario. Exigeant, il était souvent décapant, ainsi légions sont les élèves qui ont alors profité des dispositions et de la personnalité de ce maître hors normes, savoir par exemple que dans ses cours, tous portaient un T-shirt noir sur lequel était imprimé cette déclaration devenue légendaire dans sa sphère : « Bob, une autre escrime. »

Mais il faut savoir aussi qu’après les JO de Londres, entre autres, il était capable de parler de l’escrime de compétition avec un regard acéré, avec colère et avec ferveur, capable de cette vive émotion qui est celle des amoureux de toutes les escrimes, concerné, capable d’emportement. Intuitif, il avait une vision. Elle était contemporaine, et discuter avec lui était toujours un plaisir pour nous escrimeurs parce qu’il fallait se battre pour en placer une, en somme il fallait ferrailler.

En ce rappel bien succinct de son parcours, ces diverses orientations, ces choix de baladin audacieux qui marquent son histoire, la FFE, la maison des escrimeurs de France, sa maison, a tenu à lui dire et a vous dire, à Josette, sa femme, à toi, Dominique, sa fille et à Clément et Lou ses petits enfants, à vous François, son frère, et à toi Jean-Marie, dont l’amour que tu lui portes ne peut s’apparenter qu’à celui des liens du sang, nous avons tenu à lui rendre cet hommage pour l’accompagner dans son dernier voyage et vous dire la peine que nous partageons. Elle est à la hauteur du respect et de la reconnaissance que nous lui devons, pour tout ce qu’il a fait et apporté à notre sport, et pour tout ce qu’au-delà de ses plus vives blessures, car la vie ne l’a pas épargné, au-delà même du raisonnable - nous le savons et vous le savez - , il nous a donné.

Nous ne l’oublierons pas ! Il fait partie de notre histoire, celle d’une communauté qui a bien besoin aujourd’hui des références du cœur, il est inscrit dans notre mémoire, nous avons besoin de lui.

Au nom de la FFE, au nom de la famille de l’escrime pour laquelle un Maître tel que lui part toujours avec une partie de nous-mêmes, au rendez-vous de notre humanité et de notre espérance et avec votre permission (celle de sa famille), nous lui disons simplement

                                         

                                        AU REVOIR MAITRE, AU REVOIR BOB, ET MERCI ! "

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