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Découvrir l'escrime > Premier pas

L’histoire de l’escrime vue par un antiquaire

24/08/2012 Imprimer


Antiquaire_escrime

Situé à Savigny sur Orge, près de Paris, le magasin-musée « l’Antiquaire de l’escrime » est tenu par Jacques Castanet, ancien Maître d'Armes.

 


Joint par téléphone, il revient sur la création de ce lieu rempli de souvenirs et d’histoire. Dans cet entretien, l’antiquaire nous fait voyager à travers le temps. Décollage.

Comment vous est venue l’idée de créer l’antiquaire de l’escrime ?

 

 

Jacques  Castanet : « J’ai une passion pour l’escrime et son histoire. Formé pendant longtemps par maître Pierre Lacaze, cet historien m’a transmis sa passion lorsque j’ai eu mes diplômes (CAPES et Brevet d’Educateur second degré pour devenir maître d’armes). Décédé, je lui ai dédié il y a deux ans un bouquin que j’ai écrit : «  La légende de l’escrime ». Ensuite, j’ai toujours été collectionneur. En 1981, ex-président de la FFE Jacques Guittet m’avait demandé de tenir un stand à l’occasion du Challenge Martini à Coubertin (NDLR : Challenge International de Paris). J’avais mis des présentoirs à roulette et acheté des tables pour présenter mes objets : anciens masques et fleurets, bouquins, journaux, statuettes. Avec surprise, les gens étaient intéressés par ces objets. Même des parents, grands-pères sont venus expliquer à leurs enfants, petits-enfants  que les tireurs utilisaient des fleurets comme ceux que je montrais. »

Depuis combien de temps existe votre magasin d’antiquité ?


JC : « Ce magasin a été créé par mon épouse en 1981, ouvert que sur rendez-vous. Elle l’a appelé Jeanne Elise d’Antan, nom aucunement lié à l’escrime. Je l’ai donc rebaptisé l’Antiquaire de l’escrime. Lors des championnats du monde à Lyon en 1990, j’ai su qu’il n’existait pas de magasin de ce genre en Italie, pays à l’origine de la naissance de l’escrime et spécialiste de l’histoire de cette discipline. Mon magasin est unique au monde. Et j’établis tous les ans un catalogue dans lequel je référence 700 ou 800 livres d’escrime. J’ai environ 5000 articles en magasin dont 1000 bouquins. Jusqu’à aujourd’hui, je dispose de toutes les revues (hebdomadaires, bimensuels, mensuels) de la Fédération dont les premières ont été éditées en 1881. »


Entre temps, vous avez continué à monter des stands ?

 

JC : « Depuis 1981 jusqu’à aujourd’hui, avec la bénédiction de notre Président Frederic Pietruszka, j’ai toujours monté des stands à l’occasion de trois événements : Challenge International de Paris, Challenge Réseau Ferré de France (NDLR : ex- Challenge Monal) et la Fête des Jeunes. L’escrime est une discipline qui a le plus de renommée historique avec l’équitation. J’avais notamment effectué des recherches par exemple sur René Monal. En me replongeant sur les archives de 1937, j’apprends que cet universitaire et escrimeur de très haut niveau a été tué en compétition par son adversaire. Grace à ces recherches passionnantes, la Fédération a reconnu les mérites de cette activité et m’a décerné la médaille d’or de la FFE il y a quelques années. J’ai entretenu des relations fortes amicales depuis 50 ans avec la Fédération. Celle-ci m’a mis à disposition une surface commerciale lors des Championnats du monde 2010 au Grand Palais. Il y avait donc un échange de services ».

Comment réussissez-vous à réunir tous ces objets exceptionnels, pièces rares (livres, armes, objets d’arts, tableaux, images, affiches, documents) ?


JC : « Tous les objets du magasin ont été achetés sur un coup de cœur. Il y a quelques mois, j’ai d’ailleurs trouvé un petit maître d’armes en bronze doré de 17 cm de hauteur.  J’ai une réputation de collectionneur depuis 30 ans. Et pour preuve, dans un salon du livre, ou un salon des armes anciennes, quand je m’arrête devant son stand, un commerçant sur trois me dit « j’ai rien à vous proposer. Sinon, je vous aurais téléphoné ».


Quels sont les objets que vous avez obtenus en 2012 ?

 

 

JC : « Hormis cette petite statuette en bronze dont je vous ai parlé, un tableau encadré fin du 19e dans un journal anglais qui reconstitue une scène d’escrime du Bourgeois Gentilhomme. Cette œuvre est sortie en 1670, époque où est apparu le premier fleuret.

 

Quelle est la pièce dont vous êtes le plus fier ?

 

JC : « Le premier masque crée par La Boétie en 1770, inimaginable que celle-ci soit une pièce de musée. J’ai toujours refusé de la vendre au musée du sport. J’ai aussi en dépôt un bouquin italien écrit en 2 volumes : un de 1670, un autre de 1673. C’est dans le second qu’on apprend que le fleuret (crée quelques années avant)  est une des armes qui n’est pas destiné à tuer. Et impossible de dire quelle est la pièce la plus étrange dont je dispose ».

Votre magasin n’est ouvert que sur rendez-vous. Quel est votre clientèle ?


JC : « Les étrangers viennent pour trouver des objets qu’ils n’ont pas l’habitude de voir. J’envoyais à des américains d’anciens ouvrages européens. Cela m’a permis d’effectuer des recherches sur des livres du 16e et 17e siècle. J’ai retrouvé notamment le premier bouquin d’Henry de Saint-Didier (NDLR : Traité contenant les secrets du premier livre sur l’épée seule) écrit en langue française. Après, des collectionneurs recherchaient tels fleurets avec tels poignets, des cartes postales. L’objet le plus mythique est une statue de maître d’armes, symbolisant notre métier, qui date de la fin du siècle avec son plastron et le cœur sur celui-ci. Il. Les gens aiment tout simplement les armes, statues et tableaux. J’ai même feuilleté le 12 avril dernier des revues de 1900-1910 pour retrouver les résultats d’escrime de l’Ecole alsacienne, établissement parisien ayant  formé un certain nombre d’escrimeur. J’ai un rôle de documentaliste ».

 

Et quelles ont été vos autres activités ?

 

JC : « Je fais des conférences. Auparavant, j’ai été maître d’armes à Paris IV à la Sorbonne où je suis resté pendant 30 ans. En plus de l’apprentissage technique de l’escrime, des étudiants de 18-30 ans raffolaient de toutes les histoires méconnues sur l’escrime. Celles-ci ont des incidences étonnantes sur l’histoire de France : l’enseignement obligatoire de la discipline pendant l’armée quelques mois après le vote de la 3e république en 1871 ; l’origine de notre corporation date de 1450 environ. Louis XIV est le premier roi de France qui a décoré six maîtres d’armes d’un blason personnel. J’ai créé 5-6 salles d’armes dans l’Essonne dans lesquelles j’ai organisé de nombreuses compétitions. J’ai posé les fondements de l’escrime loisir, dès 1965. En 1973, j’ai créé la Coupe d’Europe des anciens pour les tireurs âgés, certains avaient même plus de 80 ans ».

Pour plus d’informations :

Site de l’antiquaire de l’escrime

 

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