lucien gaudin

Sa carrière commence au lycée Carnot par une énorme vexation. Une défaite cuisante face à son condisciple de rhétorique Merlou, fils d’un député, champion de l’établissement. Humilié, le jeune Gaudin s’inscrit immédiatement à la salle d’armes avec le seul désir de prendre sa revanche.

Deux mois plus tard, il domine aisément son rival dans le championnat scolaire de 1903. Dès lors sa progression est fulgurante. Lucien Gaudin devient champion de France amateurs puis, à dix-huit ans en 1905, il enlève haut la main le championnat international d’épée de la Grande Semaine des Tuileries. Plus personne ne lui résiste, il collectionne victoires et titres de champion de France. Militaire en 1908, le célèbre gaucher rate les Jeux de Londres. Nouvelle désillusion à Stockholm en 1912, avec le retrait des compétitions olympiques des escrimeurs qui critiquent les règlements adoptés par les Suédois. Après l’annulation des Jeux de Berlin 1916, Lucien Gaudin, une fois le conflit mondial terminé, confirme son talent en remportant à trente-deux ans la première épreuve internationale de l’après-guerre. Il est alors promu à la dignité unique de « tireur hors classe » au fleuret et à l’épée. Avec cet honneur, il devient le capitaine des équipes de France, qualifié d’office pour les compétitions internationales.

Présent à Anvers en 1920, une blessure au gros orteil du pied gauche l’oblige à déclarer forfait. L’année suivante, la star italienne Nedo Nadi, quintuple médaille d’or à ces Jeux, le défie au cirque de Paris. Impérial, Lucien Gaudin gagne ce duel 20 touches à 11. Les Jeux de Paris en 1924 sont donc pour lui ceux de la dernière chance. Après une victoire au fleuret par équipes, une névrite au bras gauche le prive de l’épreuve individuelle. Malgré la douleur, il apporte ensuite son efficace contribution au succès des tricolores à l’épée, mais sacrifie ses chances individuelles.

Quatre ans plus tard, en 1928, on le retrouve à Amsterdam en quête d’une consécration olympique individuelle. Sa silhouette longiligne et son admirable prestance sont intactes.

A quarante-deux ans, à l’issue d’un barrage à trois au fleuret face à l’Allemand Erwin Casmir et à l’Italien Giulio Gaudini, Lucien Gaudin réalise enfin son rêve. Plus surprenant, il réussit l’exploit de décrocher un second titre individuel à l’épée grâce à la complicité amicale de Georges Buchard. Une consécration tardive bien méritée pour celui qui a toujours donné ses prix et prêté gracieusement son concours aux œuvres de bienfaisance. Banquier ruiné, Lucien Gaudin s’est suicidé à quarante-huit ans, laissant le souvenir d’un homme chaleureux et d’une étonnante générosité.

(biographie issue de "Les héros olympiques français" Henri Charpentier - Solar éditions)

image droite

palmarès

INDIVIDUEL

  • Champion Olympique 1928 (fleuret)
  • Champion Olympique 1928 (épée)
  • Vainqueur du championnat international 1905, 1918
  • Champion de France de 1906 à 1918 (fleuret)
  • Champion de France amateur 1904 (fleuret)

PAR ÉQUIPES

  • Champion Olympique 1924 (fleuret)
  • Champion Olympique 1924 (épée)
  • Vice champion Olympique 1920, 1928 (fleuret)
  • Vice champion Olympique 1920 (sabre)

(photo : alchetron)